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 Les chemins de la haute ville : 

Les chemins de la haute ville affiche du film

FICHE TECHNIQUE :

Titre original : Room at the Top
Réalisation : Jack Clayton
Scénario :
Neil Paterson et Mordecai Richler,
d'après le roman de John Braine
Photographie : Freddie Francis
Musique : Mario Nascimbene
Décors : Ralph W. Brinton
Montage : Ralph Kemplen
Année : 1959
Genre : Drame
Durée : 115 minutes
Pays : Royaume-uni
Première diffusion : 30 mars 1959

Distribution
Simone Signoret : Alice Aisgill
Laurence Harvey : Joe Lampton
Heather Sears : Susan Brown
Donald Wolfit : M. Brown
Ambrosine Phillpotts : Mme Brown
Donald Houston : Charles Soames
Hermione Baddeley : Elspeth
Allan Cuthbertson : George Aisgill
Raymond Huntley : M. Hoylake
John Westbrook : Jack Wales

scène du film Les chemins de la haute ville
J'aurais tout.

scène du film Les chemins de la haute ville
Vous êtes très jolie.

scène du film Les chemins de la haute ville
J'ai le droit d'aimer n'importe qui.

scène du film Les chemins de la haute ville
Vous savez ce que veut Joe.

scène du film Les chemins de la haute ville
C'est une bulle de savon qui éclatera.

scène du film Les chemins de la haute ville
Pense à moi.

Presque 10 ans après le chef d'œuvre de George Stevens tourné en 1951 (Une place au soleil, avec Elisabeth Taylor et Montgomery Clift), Jack Clayton qui avait commencé en travaillant pour les studios Denham d'Alexander Korda, fait ses début avec ce premier long métrage construit sur un canevas similaire. Le scénario des "Chemins de la Haute ville" se présente à première vue comme une satire sévère du système des classes sociales de l'Angleterre d'après guerre, et lui vaudra d'être ensuite considéré comme l'un des fers de lance du réalisme cinématographique britannique, mouvement alors connus sous le nom des « angry young men ». Un parti pris qu'il contestera et dont la suite de sa filmographie, tournée vers le fantastique, l'éloignera visiblement.

Tout bien pesé, Clayton se montre moins intéressé par la démonstration d'une probable lutte des classes que par le parcours tout tracé de son personnage immature et ambitieux. Joe Lampton, jeune homme impulsif, convaincu d'avoir sa place parmi les puissants mène une révolte égoiste tout autant motivée par le désir de réussite que par le mépris de ses racines. Calculateur, Intrigant, persuadé "que l'on peut aimer n'importe quelle femme", encaissant toutes les humiliations sans jamais renoncer, il n'hesite pas à faire usage d'artifices pour séduire la fille d'une des plus grosses fortune de la ville.

Néanmoins sa rencontre fortuite avec Alice Aisgill, une française délaissée par son mari et de dix ans son ainé, lui laisse deviner qu'un autre bonheur est possible. Entre ces deux là, une complicité immédiate, faite de confidences et d'écoute réciproque, s'établit. Simone Signoret, alors âgée de 38 ans, est parfaite dans ce rôle de femme libre, secrètement blessée, enlisée malgré elle dans un mariage agonisant et s'offrant généreusement à cette histoire d'amour qu'elle présage sans lendemain (Le rôle lui vaudra un prix d'interprétation à Cannes et l'Oscar de la meilleure actrice en 1960). Humainement, Alice se tient à l'éxact opposé de Joe. Elle est aussi chaleureuse qu'il est froid et distant. Sa franchise, son mépris des richesses, la confiance qu'elle accorde au jeune homme lui permettrons enfin de se trouver. C'est d'aileurs lors de son premier face à face avec elle, lors d'une altercation tragi-comique, qu'il revendiquera fièrement son appartenance à la classe ouvrière.

Vascillant dans ses convictions, ébranlé par cette passion naissante qu'il n'avait pas vu venir, Joe Lampton va néanmoins jouer une sorte de valse hésitation entre ces deux femmes, celle qu'il convoite et celle qu'il aime, davantage guidé par son orgueil que par son cœur. Lawrence Harvey compose pourtant un Joe qui échappe au manichéisme, son cynisme de façade se délitant peu à peu à mesure que s'effacent ses illusions, tout comme son assurance s'amenuisant lorsqu'il comprend qu'il a fait fausse route. Derrière la critique sociale sans concession, perce donc le récit amer d'une initiation amoureuse ratée, sorte de variation sur le thème des "liaisons dangereuses".

Jack Clayton est un cinéaste méticuleux et économe. Son style fluide et dépouvu d'effets cache souvent des complexités qui ne sont pas immédiatement visibles, sa mise en scène misant plutôt sur la suggestion que sur l'illustration. il use souvent de gros plans pour entrer dans l'état d'esprit de ses personnages. Ainsi au début du film, lorsque Charles et Joe admire la vue sur la haute ville depuis la fenêtre de la petite chambre où il s'installe, nous ne verrons rien d'autres que leurs visages. "J'aurais tout" rétorque Joe, et c'est suffisant. De même, lors de la scène de séduction entre Joe et Susan, Jack Clayton abandonne celle-ci sur le point de céder aux avances de son amoureux pour nous montrer en parallèle Alice se consolant seule de sa récente dispute. Lorsque la caméra revient aux deux jouvenceaux, le contraste entre le visage souriant de susan et celui renfrogné de Joe suffit à exprimer l'immense fossé qui les sépare déjà l'un de l'autre. À cet épisode inconfortable s'opposera l'escapade sensuelle d'Alice et de Joe dans une cabane isolée environnée de grisaille pluvieuse mais combien plus chaleureuse et sereine.

À ce stade du film, l'issue de la partie jouée par Joe Lampton semble encore incertaine, au point de lui permettre d'imaginer une toute autre issue à l'histoire. "C'est une bulle de savon qui éclatera." prédit Alice. Mais lui veut croire à sa possible rédemption et parvient à l'en persuader. Comme anticipant un destin implacable, les adieux des amants sur le quai de la gare seront cependant déchirants. De fait les jalons que Joe a posé, emporté par son impatience arrogante, vont précipiter les évènements d'une tout autre façon. Empétrés dans ses propres contradictions, et bien que Mr. Brown lui propose, par ignorance, une issue favorable à ses dernières aspirations, Joe acceptera l'ultimatum de son futur beau-père, gagnant tout et perdant tout dans un même mouvement.

Finalement Joe Lampton s'avère être un anti-héros intrigant. Même s'il peut paraitre agressif lorsqu'il est emporté par la frustration exacerbée générée par son rang social, Clayton ne se prive pas de jouer de la contradiction entre l'apparence flatteuse de l'acteur et la faiblesse fondamentale du personnage. La scène où Joe Lampton, menacé par le méprisant M. Aisgill, demeure comme privé de tout capacité de révolte, offre l'une des séquences les plus inconfortables du cinéma britannique. Confronté à son illusoire désir, au détriment de tout bonheur futur, Joe Lampton abdique toute revendications face à la puissance financière de ceux qu'il affronte. On le verra plus tard dans le manoir des parents de Susan, apparition incongrue, sa silhouette cintré dans un costume noir de jais au milieu des motifs chintz du salon, accentuant la gène que suscite sa présence. Comme Alice, lors d'une séquence émouvante, le lui avait dit : il était plus fort quand il etait lui-même, que lorsqu'il feignait de ressembler à celui qu'il voulait être. Les dernières scènes du film le montre absent à lui-même, dépourvu de volonté, secrètement replié sur une souffrance devenue impossible à dire. Clayton ne pouvait mieux suggérer que son personnage, en renonçant à Alice, perdait à jamais une part essentielle de son âme.

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