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 Jour de colère : 

Jour de colère affiche du film

FICHE TECHNIQUE :

Titre original: Vredens Dag
Réalisation : Carl Theodor Dreyer
Scénario : Carl Theodor Dreyer,
Mogens Skot-Hansen, Poul Knudsen,
d'après Hans Wiers-Jenssen
Photographie : Karl Andersson
Musique : Poul Schierbeck
Décors : Erik Aaes
Montage :
Anne Marie Petersen / Edith Schlüssel
Année : 1943
Genre : Drame
Durée : 92 minutes
Pays : Danemark
Première diffusion : 1943

Distribution
Thorkild Roose : Absalon
Lisbeth Movin : Anne
Sigrid Neiliendam : sa belle-mère
Preben Lerdoff : Martin
Anna Svierkier : Marte Herlofs

scène du film Jour de colère
Tes yeux sont uniques - Comment sont-ils ? Innocents ? Purs et clairs ? - Non, profonds et énigmatiques.

scène du film Jour de colère
Ainsi parlait la rose de Saron à son ami...

scène du film Jour de colère
Si j'ai désiré ta mort ? oui, des centaines de fois.

scène du film Jour de colère
Ainsi tu t'es vengé ...

Les œuvres de Dreyer sont rares : quatorze films en cinquante ans. Une rareté qui s'explique autant par la frilosité des producteurs que par l'exigence méticuleuse qui préludait à la réalisation de ses films. "Vampyr" (1932) fut un échec commercial et ce n’est qu’en 1943, après dix années durant lesquelles Dreyer, affrontant de nombreuses difficultés, se tourne vers le documentaire et le journalisme, qu'il retrouve le chemin des plateaux.

Le sujet du film "Dies Irae" rappelle "La Passion de Jeanne d'Arc" mais sa manière d'appréhender le cinéma a évolué depuis 1928. Il écrira dans la revue Politiken, le 2 décembre 1943, à propos de sa démarche « Le cinéma parlant a eu tendance à négliger l’image au profit de la parole… On croirait que les cinéastes ont oublié que le cinéma est avant tout un art visuel, qu’il s’adresse avant tout à l’œil, et que l’image pénètre beaucoup plus facilement que la parole dans la conscience du spectateur. J’ai essayé, dans Dies Irae, de redonner à l’image la place qui lui est due, mais pas davantage. Je n’y ai jamais mis une image pour elle-même, simplement en raison de la beauté, car si un plan ne favorise pas l’action, il est nuisible au film ». Et de poursuivre sur l’impact de l’image : « L’image a une très grande influence sur l’état d’âme du spectateur. Si elle est faite de tons clairs, elle dispose l’âme à des sentiments sereins. Si elle est faite de tons sombres et atténués, elle dispose l’âme à la gravité. Pour Dies Irae, l’image est légèrement voilée, faite de doux tons gris et noirs ». Il est difficile, à ce titre, de décrire la somptuosité plastique des images du film, qui évoquent tour à tour les scènes de genre et les portraits corporatifs de la peinture hollandaise au temps de Rembrandt. Malheureusement, celui-ci ne fut pas mieux accueilli à sa sortie que Vampyr.

L'histoire débute au Danemark, en 1623, dans l'humble masure de la sorcière, un lieu de vie chaleureux qui sera très vite abandonné par les deux femmes qui l'occupent, délogées par le glas strident et obsédant accompagnant la venue de ceux qui viennent les accuser. Nous sommes plongés dés les images suivantes, d'un noir et blanc épuré à la composition hiératique, au sein d'un univers austère, entièrement sous contrôle. La scène entre Anne et la mère d'Absalon, Merete, gardant les clés de la maison est une parfaite métaphore du puritanisme asphyxiant qui régit la maison du pasteur (le grenier est un des symboles psychanalytique de l'inconscient).

Construit suivant un schéma rigoureux et sur un rythme très lent qui introduit une tension permanente dans les relations entre les personnages, le film raconte l'histoire d'une vie volée. Anne, épousée contre son gré, sera la figure d'une révolte condamnée à l'échec. Les superbes séquences encadrant la mise en accusation de Marte Herlofs par le pasteur, où Anne évolue, d'abord seule puis en compagnie de Martin, dans l'enceinte close du temple, fixent les limites de cet espace de liberté qu'elle ne pourra quitter mais qui sera transcendé par la force de sa volonté. Le basculement intervient à la moitié du film, entre deux scènes de baisers disposés en miroir (le montage joue fortement sur la figure du retournement et de l'inversion symétrique), d'abord celui de la femme avec son mari, plein de froideur et d'incompréhension, et ensuite celui des deux amants.

Le drame se précipite ensuite au fil de deux parties articulées autour du moment ou Absalon reconnait sa faute. Les escapades amoureuses d'Anne et de Martin (le fils du pasteur) qui ont l'apparence éphémère du rêve, débutent sous la clarté lunaire irréelle d'une nuit enchanteresse, et s'achève dans les brumes d'un matin filmé comme un crépuscule.

Le final décrit leur éloignement progressif, hiatus inconciliable entre Anne, déterminée à vivre son rêve jusqu'au bout, et Martin, lié à son destin par la lâcheté et le conformisme et incapable d'être heureux. Les dernières paroles d'Anne, victime expiatoire vêtue du blanc: "Je te vois à travers mes larmes, mais personne ne vient les essuyer", sont un crachat à la face d'une société figée dans un bigotisme mortifère subordonné à la peur du démon et incapable d'exprimer le moindre sentiment de compassion.

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