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 Le cabinet du docteur Caligari : 

Le cabinet du docteur Caligari affiche du film

FICHE TECHNIQUE :

Titre original :
Das Cabinet des Dr. Caligari
Réalisation : Robert Wiene
Scénario : Carl Mayer et Hans Janowitz
Photographie : Willy Hameister
Musique : Giuseppe Becce
Décors : Hermann Warm,
Walter Reimann et Walter Röhrig
Montage : Robert Wiene
Année : 1920
Genre : Fantastique
Durée : 71 minutes
Pays : Allemagne
Première diffusion : 26 février 1920

Distribution
Werner Krauss : Docteur Caligari
Conrad Veidt : Cesare, le somnambule
Lil Dagover : Jane Olsen
Friedrich Feher : Franz
Hans Heinrich von Twardowski : Alan
Rudolf Lettinger : Dr. Olsen
Rudolf Klein-Rogge : le cambrioleur
Elsa Wagner : la propriétaire

scène du film Le cabinet du docteur Caligari
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scène du film Le cabinet du docteur Caligari
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scène du film Le cabinet du docteur Caligari
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scène du film Le cabinet du docteur Caligari
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Né dans une famille d’artiste (son père était un acteur renommé qui perdit la raison lorsqu'il quitta les planches), Robert Wiene débute dans la mise en scène de théâtre avant de se tourner vers la réalisation de film. Après le tournage de ce premier film, il continuera sa carrière dans une même veine étrange, voire fantastique ("Raskolnikow" en 1923 d'après Dostoievski, ou "Les Mains D'Orlac" en 1924, inspré du roman de Maurice Renard et pour lequel il retrouvera Conrad Veidt, un des acteurs de Caligari).

A l’issue de la Première Guerre Mondiale, l'allemagne est un pays exsangue. Dans ce contexte de malaise psychologique et social profond, les courants artistiques de l'époque vont se faire le réceptacle de ces tensions. En 1920, année de naissance du mouvement Dada, l’heure est à l’expérimentation, et au rejet de toute représentation de la réalité. Le courant expressioniste qui se développe alors vise à faire partager au public, au travers d'une expression fortement lyrique, la vision intérieure et les tourments de l'âme des personnages. Dans le théâtre avant-gardiste de l'époque, décor et costumes sont conçus comme des instruments au service de l’œuvre dramatique. Robert Wiene sera le premier réalisateur a transposer cette vision au cinéma, signant ainsi ce qui apparaitra plus tard comme le manifeste du cinéma expressioniste.

C'est en 1919 que le producteur Erich Pommer fait appel à lui pour adapter le scénario de Carl Mayer et Hans Janowitz. Il s’agira du "Cabinet du Docteur Caligari". Suivant une suggestion de Fritz Lang brièvement intervenu dans la préparation du projet, Robert Wiene apporte quelques modifications au film en rajoutant un prologue ainsi qu'un épilogue qui ont pour but de faire comprendre aux public qu'il s'agit du récit d'un fou construit comme un flash back. Néanmoins il introduit une ambiguité bénéfique au scénario en laissant aux spectateurs le soin de décider si le personnage est devenu fou suite aux évènements qu'il avait vécu ou s'il l'était déjà initialement. Si l'importance du travail de Hermann Warm, Walter Röhrig et Walter Reimann sur les décors saute aux yeux à la vision du film, il apparait clairement que l'ensemble fut le fruit d'un travail collectif, les décors furent conçu pour constituer le cadre graphique élaboré d'une série de tableaux puissamment scénarisés, le placement des acteurs dans chacun d'eux et leur déplacement minutieusement chorégraphiés, imposant à la caméra du réalisateur une certaine distance et fixité.

Le but n'était pas de reproduire un environnement naturel mais bien de contraindre le spectateur à s'immerger dans une toile expressionniste. Les déformations perspectives et la violence des clairs obscurs mettent en valeur une composition de l'espace agressive, anguleuse et clostrophobe. D'une certaine façon l'aspect presque organique du décor incite à considérer celui-ci comme un personnage du film, doué d'une vie propre. Les constructions tordues, aux lignes briséees, obliques, amplifient le malaise, et le sentiment d’horreur généré effectue un va-et-vient entre le sujet et son expression artistique. Le spectateur plongé dans ce climat oppressant partage ainsi la condition de Cesare le somnambule vivant sous l’emprise étouffante du Dr. Caligari.

Les auteurs jouent avec la calligraphie, l’architecture, la peinture, pour créer un monde menaçant, paranoïaque. Lors d'une scène ou le directeur de l'asile emporté par sa folie se persuade qu'il doit devenir Caligari, les mots, des phrases entières, spiralées, clignotantes, apparaissent en surimpression sur les murs, puis inondent l’écran. Wiene innove également en introduisant un second flash-back à l'intérieur du premier lorsque Franz et les médecins de l’asile lisent le journal de Caligari. L'illustration en image de ce récit apparait encadrée de deux ouvertures-fermetures au noir simultanée à l’écran. On peut encore citer la scène d’intrusion de Cesare dans la chambre de Jane, son enlèvement par les toits, ou encore l'expérimentation du hors-champ avec les silhouettes de Cesare et de sa victime projetées sur le mur lors de l'assassinat d'Alan. Ces scènes empruntes d’une poésie morbide seront maintes fois reprises et déclinées, annonçant l'engouement à venir pour le film de vampire, "Nosferatu" de W. Murnau ouvrant la voie en 1922 (si l'on fait abstraction du premier film sur Dracula, "Drakula halála" tourné en 1921 par Károly Lajthay et dont il ne reste malheureusement aucune trace.)

Mais ce sont surtout les lumières, la science des ombres et un jeu décomplexé qui lorgne vers l'épouvante, qui vont contribuer à installer durablement l'expressionisme dans la tradition du cinéma Allemand. La manière de détourner la fonction des éclairages pour accroitre les déformations, fausser les perspectives, amplifier le mystère et dénaturer la réalité va à l'encontre de son utilisation pratique. D'un point de vue métaphysique c'est l'obscurité qui est première et à quoi tout retourne. L'expérience visuelle extrémiste et si singulière de ce film restera unique, mais son influence sur le cinéma à venir sera décisive. À sa sortie en Allemagne, le film rencontrera un succès mérité et finira par être diffusé partout dans le monde.

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